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JACQUES CARTIER

mardi 9 septembre 2003

CARTIER (J.)
Le plus grand mérite de Jacques Cartier reste la découverte du Saint-Laurent. Voie extraordinaire de pénétration, ce fleuve, dont on ne soupçonnait même pas l’existence, ouvrait à la France le cœur d’un continent. C’était probablement la découverte la plus importante, en Amérique, depuis celle de Colomb. Elle rendait possible, en tout cas, la venue de Champlain et la fondation d’un royaume français en terre américaine.
Le notable malouin
Né à Saint-Malo, Cartier est, dès sa jeunesse, influencé par l’atmosphère héroïque qui baigne les côtes bretonnes à l’époque de Livourne, de Navarin et de Lépante. Lui-même a dû naviguer assez tôt, mais on n’a aucune preuve qu’il ait fait, avant 1534, le voyage de Terre-Neuve ; il est probable, toutefois, qu’il ait vu le Brésil, auquel il fait allusion dans sa relation canadienne - il était du reste interprète en langue portugaise. Notable de Saint-Malo, il tenait l’une des premières places dans cette ville. Il épouse, en 1520, Catherine Des Granches, riche héritière bretonne.
Un historien canadien a vu en Cartier un des seconds de Verrazzano, lors des explorations que fit ce dernier de la côte américaine. Cette hypothèse ne tient pas, comme l’ont démontré d’autres historiens canadiens. Ce n’est donc pas à titre d’ancien compagnon de Verrazzano, ni même à vrai dire pour sa notoriété, qui n’avait pas franchi les limites de sa ville, que Cartier fut choisi pour diriger une exploration officielle en Amérique. C’est plutôt au futur cardinal Le Veneur, lié à l’un de ses parents, qu’il dut d’être proposé au roi, qui retint son nom.
Premier voyage : dans le golfe du Saint-Laurent
Après avoir obtenu de l’amiral Chabot la permission de « voyager, découvrir et conquérir à Neuve-France, ainsi que trouver, par le Nord, le passage au Cathay », Cartier reçut de François Ier l’ordre d’aller « de ce royaume ès Terres Neufves pour découvrir certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses ». Ce double objectif, recherche du passage vers la Chine et découverte de richesses, permet de rattacher la première exploration de Cartier au vaste mouvement qui, depuis 1450, poussait les royaumes européens à rechercher des horizons nouveaux.
Pour le compte du roi de France, qui finançait l’expédition, Cartier reprit les explorations là où les avait laissées Verrazzano. Parti de Saint-Malo le 20 avril 1534 avec deux navires de 60 tonneaux et 61 hommes, Cartier arrivait à Terre-Neuve le 10 mai. Il entra dans le golfe par la baie des Châteaux (détroit de Belle-Isle) et suivit d’abord le littoral ouest de Terre-Neuve jusqu’au cap Saint-Georges, puis se dirigea vers les îles de la Madeleine, sans apercevoir le détroit entre Terre-Neuve et le Cap-Breton. Longeant ensuite l’île du Prince-Édouard, il s’engagea dans la baie des Chaleurs, croyant y trouver la fissure continentale qu’il cherchait. Déçu dans son espoir, Cartier s’arrêta à Gaspé, y prit possession du territoire le 24 juillet 1534, puis se dirigea vers l’île d’Anticosti, sans voir, à sa gauche, l’embouchure du Saint-Laurent. Il examina la côte méridionale d’Anticosti, qu’il prit pour un cap, et décida de prendre le chemin du retour, de crainte d’avoir à hiverner en Amérique. Ayant suivi la côte du Labrador jusqu’à la baie des Châteaux, il rentra à Saint-Malo le 5 septembre.
Le mérite de Cartier, en 1534, n’est pas d’avoir le premier pénétré dans le golfe, mais plutôt d’en avoir le premier fait le tour, l’étudiant systématiquement et baptisant les différents accidents géographiques, rapportant une relation précise et détaillée de son exploration. Non point découverte, au sens strict, mais reconnaissance méthodique et intelligente, suivie d’une prise de possession, tel est le voyage de 1534.
Deuxième voyage : jusqu’à Hochelaga (Montréal)
Pour preuves de la réalité de leurs découvertes, les explorateurs avaient accoutumé de ramener en Europe quelques indigènes dont ils s’étaient emparés dans les terres neuves. À Gaspé, en 1534, Cartier avait sacrifié à l’usage. Ses deux Indiens apprirent un peu de français et révélèrent l’existence, vers l’ouest, d’un royaume fabuleusement riche, que Cartier prit pour le Cathay. En 1535, le Malouin se rembarquait, à la recherche du Saguenay. Il avait, cette fois, trois navires et quelque cent dix hommes.
Guidé par les deux Indiens, Cartier se rendit droit à l’embouchure du Saint-Laurent. Il en remonta le cours, s’émerveillant de la beauté du pays. Il s’arrêta à Stadaconé (ancien nom de Québec), au royaume du Canada, y laissa ses navires et, en dépit des efforts des Indiens pour l’en dissuader, poursuivit, en barque et avec quelques hommes seulement, son exploration jusqu’à Hochelaga (Montréal). Bloqué dans sa marche par les rapides de Lachine, il se renseigna le mieux possible sur la géographie du pays et la situation du Saguenay. Rentré à Stadaconé, il y hiverna, mettant ses navires à l’abri dans la rivière Saint-Charles. Hiver désastreux : les indigènes se montrèrent assez hostiles, et ses hommes souffrirent du scorbut, au point que vingt-cinq en moururent. Abandonnant le plus petit de ses navires, Cartier rentra au printemps.
Pas plus qu’en 1534, Cartier n’avait atteint le but essentiel de son voyage. Il avait néanmoins découvert un fleuve immense, incomparable voie de pénétration d’un continent encore inconnu et l’avait remonté sur plusieurs centaines de kilomètres ; le premier, en outre, il rapportait des notes précises sur les Indiens et leur civilisation ; au retour, enfin il démontra l’insularité de Terre-Neuve et d’Anticosti.
Troisième voyage : l’or du Saguenay
Pour plusieurs raisons, Cartier ne put se rembarquer pour l’Amérique en 1536 ; les Espagnols, en particulier, lui suscitèrent des difficultés en achetant l’amiral Chabot. Néanmoins, François Ier voulait à tout prix atteindre le Saguenay. Pour faire taire les Espagnols et les Portugais tout en obtenant l’appui du pape, il assigna cette fois des objectifs religieux à l’exploration : désireux, au surplus, d’appuyer ses droits à la possession sur une occupation effective du territoire découvert par Cartier, il allait tenter une entreprise de colonisation.
Le 17 octobre 1540, François Ier avait accordé à Cartier le titre de « cappitaine et pilotte général des navires que le Roy envoie au Saguenay ». À la suite de sa décision de créer un établissement en Amérique, il revenait sur cette nomination le 15 janvier 1541, et nommait Jean François de La Roque de Roberval « lieutenant général, chef, ducteur et capitaine de ladite entreprise ». Cartier ferait le voyage, mais sous les ordres de Roberval.
On recruta des colons : gentilshommes, véreux pour la plupart, et criminels, sortis des prisons du royaume. Au printemps, toutefois, Roberval ne pouvait partir, retenu au port par ses créanciers. Cartier reçut ordre de faire voile sans l’attendre. En août, le Malouin s’installait avec ses hommes au Cap-Rouge, près de Stadaconé. L’habitation reçut le nom de Charlesbourg-Royal. C’est là que, soudainement, l’on découvrit à profusion l’or et les diamants, dont la rive était couverte. L’on en fit de surabondantes provisions. L’or du Saguenay, à deux pas de Stadaconé !
On hiverna à Charlesbourg-Royal, exposés à l’hostilité des Indiens. Trente-cinq Français auraient péri au cours d’escarmouches. Le printemps venu, Cartier appareilla pour la France, désireux de porter le plus tôt possible aux pieds du roi son or et ses richesses. À la hauteur de Terre-Neuve, il rencontra Roberval, qui lui ordonna de faire demi-tour. Profitant de la nuit, Cartier continua néanmoins sa route vers la France. Une déception profonde l’y attendait : l’or et les diamants se révélèrent, à l’analyse, pyrite et mica. « Faux comme diamant du Canada » : le proverbe allait faire fortune.
Cartier ne revint pas au Canada. En 1543, c’est Jean Alfonse qui alla rapatrier la colonie de Roberval, laquelle était fort mal en point. Retiré dans son manoir de Limoilou, Cartier mit son domaine en valeur et vécut en bon bourgeois. Recherché comme compère lors des baptêmes, témoignant parfois en justice, il mena, semble-t-il, une vie agréable. Un document de l’époque le classe parmi les « bons biberons ». Il mourut à l’âge de soixante-six ans, jouissant d’une grande réputation parmi les navigateurs et les cartographes

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