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COLBERT JEAN-BAPTISTE (1619-1683)

mercredi 10 octobre 2001

Une légende tenace faisait de Colbert le fils d’un marchand drapier de Reims. Les historiens ont eu raison de ce mythe en montrant que le grand ministre était issu d’une dynastie de grands marchands internationaux, banquiers et financiers.

Laboureurs à la fin de la guerre de Cent Ans, entre Reims et les Ardennes, ils firent du transport de pierres pour reconstruire les villes détruites et devinrent maçons. Marchands grossistes à Reims au XVIe siècle, ils donnent des échevins à la ville et appartiennent à la bourgeoisie riche de la cité. Très liés à la fin du siècle aux milieux bancaires italo-lyonnais, proches du pouvoir sous Henri IV et sous Louis XIII, ils atteignent leur apogée sous Louis XIV. Colbert n’est pas en effet devenu ministre par un coup de baguette magique, en sortant de la boutique du « Long-Vêtu ». Il fut poussé dans les allées du pouvoir par un groupe où se mêlaient des ministres comme Le Tellier (père de Louvois), des gens d’affaires comme Particelli d’Émery, Lumagne, Camus, rapprochés par un ensemble d’intérêts et des alliances matrimoniales. L’enfance et la jeunesse de Jean-Baptiste Colbert sont mal connues. On suppose qu’il fit ses études chez les Jésuites. Dès 1634, il fait son apprentissage chez Mascranny, banquier à Lyon, puis il travaille à Paris dans une étude de notaire, chez un procureur au Châtelet, avec un ancien munitionnaire devenu officier de finance ; il reçoit en somme une éducation de marchand et d’officier de finance, avec des notions juridiques acquises par la pratique. En 1640, il devient commissaire des guerres, charge lucrative s’il en fût, commis du secrétaire d’État à la Guerre, François Sublet de Noyers. Ces fonctions l’obligent à voyager dans le royaume pour connaître troupes et garnisons : expérience précieuse pour un futur ministre. En 1645, il entre comme commis au service de Michel Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, qui lui fera obtenir un brevet de conseiller d’État. En 1648, son mariage avec la fille d’un intendant des turcies et levées de France lui apportera 100 000 livres de dot.
Colbert passa du service de Le Tellier à celui de Mazarin, dont il géra les immenses biens et auquel il servit d’intermédiaire avec la reine pendant son exil. Le cardinal le recommanda à Louis XIV comme « étant fort fidèle ». Sa valeur personnelle fit le reste. Il travailla à la disgrâce de Fouquet, réussit à influencer le roi, dut subir les assauts de la compagnie du Saint-Sacrement qui soutenait le surintendant, entra au conseil d’En-Haut et cumula peu à peu les responsabilités : bâtiments et manufactures, contrôle général des Finances, Maison du roi et Marine. Seules les Affaires étrangères et la Guerre lui échappèrent, quoiqu’il parvînt très vite à installer son frère Croissy au poste de ministre des Affaires étrangères. Pour venir à bout de tant de tâches, il fallait un homme exceptionnel. Michelet le compare à un « bœuf de labour », mettant ainsi en évidence sa qualité fondamentale : l’archarnement au travail. Esprit méthodique, il sait rédiger pour le roi - à qui il voue une inébranlable fidélité - des rapports très clairs. Il esquisse tout un système de réformes afin de rétablir l’ordre dans le royaume, après les lourdes épreuves de la guerre. Ses idées ont souvent servi de modèle pour décrire le mercantilisme qu’il incarne.
Citadin, homme du commerce international, Colbert a le souci d’exporter pour accumuler à l’intérieur des frontières le maximum d’or et d’argent, et d’importer le moins possible pour éviter d’en perdre. À cette fin, les manufactures fourniront l’essentiel de l’effort, le grand commerce sera relancé et les paysans soulagés par la diminution de leurs impôts. Colbert n’est pas le père de ces idées, élaborées avant lui, mais il les a mises en application avec une rare énergie. Il est de bon ton d’en critiquer le bilan, qui n’est pourtant pas mince : les bourgeois, qui préféraient certes l’achat des offices et des biens fonciers, n’ont pas dédaigné d’investir dans l’industrie et le commerce, ce qui est significatif ; de plus, l’expansion économique du XVIIIe siècle trouve son origine à cette époque. Malgré les structures archaïques du temps, Colbert a réussi à modifier l’état des esprits et à entraîner derrière lui beaucoup d’imitateurs ; il a fait fonctionner un embryon d’administration, utilisé au mieux clientèles et membres du lignage ; il s’est conduit en chef de clan : ses frères sont devenus, l’un évêque de Luçon puis d’Auxerre, l’autre, Croissy, ministre des Affaires étrangères, le troisième, enfin, lieutenant général des armées du roi. Son fils, Seignelay, lui succéda à la Marine mais n’eut jamais les honneurs du conseil. Colbert eut en quelque sorte la chance de mourir en 1683, avant le temps des guerres difficiles et des catastrophes. Il a laissé une image de réformateur, de grand initiateur besogneux, luttant de toutes ses forces pour le progrès. Voltaire a fait l’éloge de Colbert, le XIXe siècle a reconnu en lui l’un des siens, un bourgeois conquérant, homme d’ordre et d’économie, glorificateur du travail, peu aimé de la Cour : Mme de Sévigné le nommait « le Nord » et Saint-Simon vilipendait en lui « le règne de vile bourgeoisie ».

RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Une nouvelle étape fut franchie avec la fondation de nouvelles académies : la Royal Society fut instituée à Londres en 1662, puis l’Académie des sciences à Paris en 1666. La Royal Society de Londres, dont la création doit beaucoup aux idées de Bacon, était une novation, car elle voulait substituer à la spéculation purement philosophique l’observation et l’expérience. Avec ces deux académies, créées par le pouvoir politique, un nouveau mode de relations s’instaurait entre la science et le pouvoir : la recherche était reconnue officiellement.
L’Académie des sciences de Paris, fondée à l’initiative de Colbert, était le prototype d’un service public de la science et celui des futurs organismes de recherche du XXe siècle. Le dessein politique de Colbert - renforcer le potentiel économique de la France - était lié au projet des scientifiques de trouver, pour leurs activités, un appui. Cette rencontre devait permettre à la France de se doter, bien avant les autres pays européens, d’un système institutionnel nécessaire à l’expansion des sciences et des techniques. Après l’Académie des sciences, on construisit l’Observatoire de Paris et, en 1669, une école des « enfants de langue » pour former des spécialistes et des interprètes en langues orientales, on institua l’enseignement de la marine avec la création de chaires d’hydrographie dans des collèges spécialisés, etc. Cette politique était l’application du « colbertisme », inspiré par le souci pragmatique de constituer les structures d’un État moderne dont l’industrie était en compétition avec des puissances commerciales, comme les Provinces-Unies, et souvent en état d’infériorité.
Au XVIIIe siècle, la philosophie des Lumières contribua à ancrer l’idée que le progrès des connaissances scientifiques et technologiques pouvait être un puissant facteur de transformation des sociétés ; cette idéologie influencera des hommes politiques et des administrateurs de nombreux pays européens. En France, alors que le réseau institutionnel pour développer les techniques s’était élargi avec la création de corps et d’écoles d’ingénieurs (ponts et chaussées, génie militaire à Mézières), Turgot, dans sa tentative de réforme politique et sociale du régime (1774-1776), fit appel à Lavoisier et à Condorcet pour moderniser les structures du pays.
À la même époque, Frédéric II mena une politique assez semblable, en privilégiant l’importation de techniques étrangères pour développer l’industrie de la Prusse, en
particulier en Silésie. Il avait fait venir le Français Maupertuis pour diriger l’Académie des sciences de Berlin.

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